Le ciné-débat du vendredi 6 février à Gignac organisé par le collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac, le collectif Citoyen Nespoulois et l’association Gignac Ensemble a été un franc succès. Principalement des lotois mais également de nombreux Corréziens et des voisins de Dordogne ont répondu à l’invitation des organisateurs.

La réussite de cette soirée prouve que le sujet interpelle les citoyens. La colonisation des terres agricoles, naturelles et forestières par les industriels des énergies renouvelables préoccupe sérieusement les ruraux. Le film « Vies non renouvelables: nature ou misère » est devenu le documentaire de référence en Espagne où les paysages, les villages et l’équilibre des économies locales sont menacés par une transition énergétique débridée. Ce film réussit à soulever avec une incroyable efficacité tous les enjeux autour de ce phénomène d’industrialisation des espaces naturels.
Bien sûr, l’histoire de l’Espagne et le contexte législatif qui permet l’expropriation des paysans sont différents des nôtres. Cependant la pression des industriels du renouvelable sur nos campagnes ne cesse de croître. Et dans tous les départements ruraux on assiste à une véritable déferlante des projets photovoltaïques sur sols naturels comme en témoigne la carte des projets du Lot (visualisez la carte ICI).

Un débat foisonnant
La richesse du débat qui a animé la salle après le film et la qualité des interventions ont été remarquées. Car au delà de la crainte de l’industrialisation de nos campagnes et la dégradation de notre cadre de vie, c’est une réflexion bien plus profonde qui s’est engagée collectivement lors de cette soirée. Il a été souligné que le marché de l’électricité est dévolu aux entreprises et aux intérêts privés. Les porteurs de projets sont en grande partie des filières de multinationales du pétrole qui étendent leurs activités aux énergies renouvelables pour obtenir des crédits carbone et pouvoir ainsi continuer leurs activités pétrolières. Pour des participants cela va à contresens de l’intérêt général.
Une « transition » sans planification
Il en découle que ces installations se font en dépit de toute planification. En amont la loi indique qu’il faut privilégier le développement du photovoltaïque sur terrains artificialisés. Les communes ont été sollicitées pour définir des zones d’accélération des énergies renouvelables mais que sont devenues aujourd’hui ces contributions ? Il est remarqué de fortes inégalités entre les territoires en terme de production d’électricité au sein d’un même département. Par exemple, si tous les projets voyaient le jour à Cressensac-Sarrazac, cette commune produirait à elle seule 15% de l’énergie produite par le département.
Il a été rappelé que pour répondre aux objectifs de 2030, selon les données de l’Observatoire des énergies dans le Lot*, il faudra produire 260 Gwh supplémentaires par an, soit d’installer moins de 110 ha de panneaux sur toitures ou sur parkings, c’est à dire 3500 m² par commune et pour 2050, moins de 1,5 ha !
De plus, l’expérience montre l’absence complète de transparence sur les projets en cours. Les habitants ne sont pas informés des études entreprises par les énergéticiens pour des projets qui se trouvent à proximité de leur habitation et parfois les mairies elles-mêmes ne sont pas au courant de ce qui se prépare sur leur commune.

Surproduction et surconsommation
Selon le rapport de décembre 2025 de RTE (Réseau de transport de l’électricité) la France produit 20% d’électricité de plus que ce qu’elle en consomme. Tandis qu’on assiste au développement sans cesse croissant de la numérisation de la société et celui de l’intelligence artificielle, il a été question de l’extractivisme et des limites planétaires. L’exemple du passage du quartz au silicium métal utilisé dans les panneaux photovoltaïques a été cité. Une opération qui nécessite une quantité phénoménale d’énergies fossiles et qui est ultra polluante pour l’environnement (280kg de produit chimique par kg de silicium produit). Jusqu’à quand pourra-t-on poursuivre cette logique de surproduction et de surconsommation ?
Vers une gestion collective ?
L’énergie est un bien commun au même titre que les ressources naturelles et les citoyens sont tout à fait légitimes de se réapproprier la question énergétique. On doit envisager la mise en place de projets à taille humaine sur des surfaces anthropisées, projets co-construits avec les habitants et autogérés localement.
Ce débat fut donc un beau moment d’intelligence collective qui s’est terminé autour d’un verre. Il encourage les organisateurs à réitérer ces rendez-vous autour de sujets aussi déterminants pour notre avenir et celui de nos enfants.
Rappelons qu’un recours contentieux est en cours contre CAUVADOR qui a classé 717 ha en zone Ner (zones naturelles définies pour accueillir la production d’énergies renouvelables) dans son nouveau PLUIH. Une cagnotte pour financer les frais d’avocat a été mise en place, vous pouvez la retrouver en cliquant ICI
*Selon l’Observatoire des énergies renouvelables dans le Lot, n°2, « Le Photovoltaique », en date de février 2024, https://www.lot.gouv.fr/contenu/telechargement/18547/140820/file/Obs-ENR_n%C2%B02_vfinale.pdf
Site du collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac ICI