L’autonomie alimentaire ou la faim de démocratie locale

Dans son 5ème rapport sur l’état des terres agricoles, « Terre de Liens » propose de comprendre pourquoi notre système alimentaire dysfonctionne, ce que cela implique pour nos vies quotidiennes, et surtout comment agir, ici et maintenant, pour une agriculture de proximité, nourricière et démocratique.

« Que voulons-nous dans nos assiettes ?

Des produits sains, accessibles, issus de fermes vivantes, qui respectent la terre, l’eau et celles et ceux qui la travaillent.

Pourtant, aujourd’hui, une grande partie de ce que nous mangeons ne se décide ni dans nos communes, ni dans nos territoires. Notre alimentation dépend d’un modèle agricole industriel tourné vers l’exportation, gourmand en pesticides, destructeur d’emplois paysans et incapable de nourrir correctement la population. »

Rappelons que « Terres de liens » est une fédération qui depuis plus de vingt ans agit aux côtés des territoires pour préserver les terres agricoles et permettre l’installation de paysannes et paysans engagés dans des pratiques respectueuses du vivant. Pour consulter leur site, c’est ICI

Pourquoi s’emparer de ce sujet aujourd’hui ?

A l’occasion des élections municipales, Terre de Liens par le biais de ce rapport, appelle les élus et élues locaux, les institutions nationales et l’ensemble des acteurs publics à reconnaître pleinement le rôle central des territoires et à leur donner les moyens d’agir.

Voici un extrait du rapport: « À contre-courant du modèle dominant, de nombreuses collectivités ont choisi d’agir en faveur d’une territorialisation du système alimentaire. Leur pari consiste à s’impliquer dans la pérennisation ou reconstruction de chaînes de production alimentaires, de la production agricole à la transformation, plus ancrées et tournées vers les besoins des territoires, de leurs acteurs économiques comme de leurs habitants. En travaillant à l’essor de ces filières, les élus locaux cherchent à répondre à différents enjeux du territoire, à la fois économiques (création d’emplois, dynamisme économique), environnementaux (préservation des ressources naturelles, de la biodiversité, construction des paysages) et socio-démocratiques (accessibilité alimentaire, santé, participation citoyenne). »

Faire face au désengagement de l’État

Les orientations nationales en matière d’alimentation manque de clarté, ce qui limite l’action au niveau local. L’écart entre les objectifs affichés par l’État et sa politique de l’alimentation durable mise en œuvre ne permet pas une réelle transition des systèmes alimentaires. Au cœur de cette politique alimentaire, le Projet Alimentaire Territorial (PAT) avec l’objectif de couvrir 80 % du territoire français d’ici 2030. Pourtant, dans le même temps, l’État réduit drastiquement les moyens pour ce dispositif. Cela n’empêche de nombreux territoires sensibilisés par le sujet de se saisir de ce dispositif à la hauteur de leurs moyens.

Une opportunité pour développer l’implication citoyenne 

Une réflexion partagée sur l’autonomie alimentaire est l’occasion de développer l’implication citoyenne à l’échelle d’un territoire. Mettre en place un Projet Alimentaire Territorial (PAT) est l’occasion d’associer les citoyens afin qu’ils se réapproprient la question de l’alimentation et deviennent force de propositions. Si le PAT peut-être un premier pas vers la réappropriation des enjeux liés à une agriculture durable, il ne doit pas se retourner contre les objectifs fixés. En effet, des travaux de recherche ont montré l’ambivalence de ces politiques au sein desquelles s’expriment de manière prépondérante les représentants du modèle agricole conventionnel qui souhaitent garder le contrôle sur les politiques alimentaires (représentants agricoles, chambres d’agricultures…). Ils agissent comme autant d’obstacles à l’accomplissement d’une transition agricole et alimentaire.

Des initiatives locales partout en France

Autre intérêt du rapport de Terre de Liens: il présente de nombreuses initiatives locales en France qui permettent d’orienter les terres agricoles vers des productions destinées à l’alimentation locale. Ces expérimentations, à tous les maillons de la chaîne alimentaire, apportent des solutions pour répondre aux enjeux actuels. D’autres exemples montre aussi comment, pour dépasser les limites de l’action locale, les territoires inventent de nouvelles formes de coopération entre territoires voisins et plus lointains, pour jouer des complémentarités et bénéficier de l’appui, des compétences et des moyens départementaux et régionaux. Grâce aux voix des collectivités qui commencent à se faire entendre, il sera possible de peser sur le cadre national et accélérer, enfin, la transition agroécologique et alimentaire.

Retrouver l’intégralité du rapport de Terres de Liens ICI

Surproduction électrique et impasse énergétique en France

RTE France (Gestionnaire du réseau de transport d’électricité) rendait son rapport 2025 et son bilan prévisionnel le 9 décembre 2025. Le lendemain la Fédération Environnement Durable titrait un communiqué de presse : « DIX ANS DE MENSONGES : RTE RECONNAÎT ENFIN L’IMPASSE ÉNERGÉTIQUE FRANÇAISE. »

RTE vient de reconnaître l’échec de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3). Dix ans de prévisions erronées et surévaluées, des milliards d’euros gaspillés et de projets inutiles: la France produit aujourd’hui 20 % d’électricité en trop ! La consommation d’électricité est loin d’avoir explosée comme prévu. Elle stagne à un niveau inférieur à celui d’avant la crise du Covid alors que les capacités de production n’ont eu de cesse d’augmenter.

Quelles conséquences ce système absurde et coûteux aura pour les usagers, les finances publiques et l’environnement ? Qui paiera pour cette gabegie ?

Alors que les réseaux électriques locaux sont déjà saturés et que les ménages accusent une hausse continue des factures pour financer un système inefficace, la France se retrouve aujourd’hui avec un système électrique surdimensionné, instable et ruineux. Le développement incontrôlé des ENR et leur fonctionnement intermittent fragilisent les centrales nucléaires mises à mal par une modulation excessive. La construction de gigantesques réseaux électriques inutiles a un coût pharaonique tandis que des milliards d’euros de subventions publiques sont engloutis pour produire un surplus d’électricité intermittente que personne ne consomme.

« La France ne manque pas d’électricité, mais de cohérence. On paie pour produire, puis on paie pour ne pas consommer ! » d’après la Fédération Environnement Durable.

Que cachent les prix négatifs ?

Le dernier rapport de la Fondation Concorde (think tank indépendant) confirme point par point cette analyse:

  • Surproduction structurelle de 20 % au-delà des besoins, dû notamment au développement des énergies renouvelables
  • Effondrement des prix, avec des prix négatifs récurrents en milieu de journée à cause du solaire
  • Explosion incontrôlable des subventions aux ENR, 7,1 milliards d’euros en 2026 (évaluation CRE), soit 92,42 €/MWh par  MWh ENR  contre 85,62 €/MWh en 2025

Le rapport montre que le développement des ENR n’a pas été pensé uniquement comme un moyen de décarboner les usages de l’énergie: « Face au mur des réalités, le « à la place du nucléaire » est devenu le « en plus du nucléaire » ».

Ce constat ne fait que confirmer les travaux de l’historien des techniques, Jean-Baptiste Fressoz* qui montrent que l’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions mais celle d’addition de sources d’énergie.

Les pics de production des énergies intermittentes (comme le solaire en milieu de journée, surtout au printemps et à l’automne) font chuter les prix sur les marchés de gros pendant ces périodes de production au point de parfois devenir négatifs.

Ces prix négatifs pèsent fortement sur le coût budgétaire pour l’Etat. Pour les éviter, la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) a mis en place des primes de prix négatifs, qui indemnisent les producteurs pour ne pas produire.

Quel paradoxe ! Un dispositif qui, d’un côté, subventionne pour produire et, de l’autre, indemnise pour ne pas produire !

L’alerte de la CFE CGC, première force syndicale au sein d’EDF

Dans un courrier officiel au ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Roland Lescure, du 23 décembre 2025 , la CFE CGC alerte sur les risques majeurs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3).

Cette lettre particulièrement argumentée dénonce une PPE3 établie sur des hypothèses obsolètes, souligne le risque de déséquilibre du réseau par surproduction électrique, les surcoûts sur le long terme pour les finances publiques et les consommateurs, ainsi qu’une fragilisation inquiétante du parc nucléaire français. En effet, l’intensification de la modulation du parc nucléaire évoquée par RTE serait contraire à la prolongation de sa durée de vie. EDF a été établi un rapport à ce sujet mais il semble que le gouvernement en bloque la publication car elle signerait l’arrêt de mort de la PPE3. 

Le syndicat alerte aussi sur le développement effréné des interconnexions, soutenu par la Commission européenne, qui permettent aux pays excédentaires d’exporter leur production photovoltaïque, exposant ainsi le réseau français à des « importations massives d’intermittence ». A la clé de ces importations: une déstabilisation économique et technique majeure du système électrique français.

En s’appuyant sur les alertes de RTE, de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et sur le retour d’expérience du black-out ibérique d’avril 2025, le syndicat demande un ralentissement du développement des énergies renouvelables intermittentes, en particulier du photovoltaïque, et une révision urgente des trajectoires prévues par la PPE3. Il appelle le ministre à définir une trajectoire réaliste de développement des énergies renouvelables.

La surconsommation pour absorber la surproduction

Parmi les scénarios proposés pour sortir de cette impasse, RTE préconise celui dit de « décarbonation rapide » qui propose d’accélérer sur l’électrification des usages (voiture électrique, sites industriels, datacenters…) pour absorber la surproduction tout en baissant les émissions de CO2.

C’est sans en mesurer les conséquences: l’extractivisme (avec ses impacts sur l’environnement, les droits humains, les équilibres géopolitiques…), une société toujours plus numérisée et le développement incontrôlé de l’IA (qui réduit nos capacités cognitives et nuit à notre pensée), l’accaparement des terres naturelles par les multinationales de l’énergie (portant atteinte à la biodiversité, aux paysages et à la souveraineté alimentaire)…

Une sobriété désirable

Pourquoi ne pas partir de nos réels besoins en énergie pour planifier la production énergétique ? Une conjecture qui ne peut ignorer la logique de profit qui crée sans cesse de nouveaux besoins, nous incite à consommer toujours davantage. Nous baignons dans un environnement où consommation d’énergie superflue et surconsommation vont de pair.

Or, les limites planétaires nous imposent de revoir nos modèles de production et de consommation. C’est pourquoi  la sobriété représente un levier essentiel dans la transition énergétique et environnementale. Cependant, elle est toujours reléguée au dernier plan dans les stratégies de décarbonation.

En visant à réduire notre consommation d’énergie et de biens matériels par un changement en profondeur de nos comportements et de nos modes de vie individuels et collectifs, la sobriété remet en question les normes sociales qui structurent nos habitudes de consommation. Pour l’association Négawatt et le Shift Project la sobriété n’a rien de punitif. Au contraire, elle présente de nombreux cobénéfices. Elle induit le partage des ressources et va de pair avec la solidarité et le bien-être partagé. Elle ouvre sur la perspective d’un modèle de société tout à fait désirable.

Pour lire l’intégralité du rapport de la fondation Concorde, c’est ICI

Pour les plus courageux, voici la synthèse du dernier bilan prévisionnel RTE ICI

« De la guerre froide à la guerre verte » – ciné-débat à Gramat

Le vendredi 26 janvier à 20h30 au cinéma l’Atelier à Gramat

Un film-enquête époustouflant, poignant, en présence de sa réalisatrice Anna Recalde Miranda, italo-paraguayenne. Sortie en 2025, ce film a été tourné au Brésil et au Paraguay.

La frontière entre le Paraguay et le Brésil est devenue un désert vert. C’est le lieu d’origine de la république du soja, le berceau de l’agro-industrie mondiale. L’horizon est une ligne sans fin qui unit le passé et le présent. Un passé dicté par la violence politique de l’opération Condor et un présent marqué par les assassinats des défenseurs de la terre.

Ce documentaire permet de comprendre les racines de la violence subie aujourd’hui par les peuples autochtones et les militants environnementaux opposés aux ravages de l’agro-industrie du soja. En explorant l’histoire récente des dictatures sud-américaines et de l’opération Condor impulsée par les États-Unis pendant la Guerre froide, la réalisatrice trace les liens entre le passé marqué par les tortures et les assassinats des subversifs et l’actuelle crise écologique et climatique. 2025 est l’année du 50 anniversaire de la création de l’Opération Condor, et son découvreur, Martin Almada (avocat torturé pendant la dictature, décédé en mars 2024) est l’un des personnages principaux du film.
Les négociations actuelles entre l’Europe et le Mercosur soulèvent de sérieuses objections quant aux impacts sur l’environnement, le climat et la justice sociale…

Cette soirée est coorganisée par la Confédération paysanne du Lot et l’association Vigilance OGM 46.

Vous pouvez visionner la bande annonce, ICI

Pacte Souveraineté Alimentaire

La région Occitanie lance un appel à contributions pour associer la population à l’élaboration d’un Pacte de Souveraineté Alimentaire. Cette consultation sera ouverte jusqu’à la fin janvier.

Cet appel à contributions s’adresse à de nombreux acteurs (agriculteurs, organisations professionnelles agricoles, entreprises agro-alimentaires, collectivités, associations, chercheurs…) mais également aux citoyens. Le but de ces contributions est de « permettre d’identifier les freins à lever et les leviers à actionner pour assurer une meilleure souveraineté alimentaire en Occitanie, c’est-à-dire pour mieux produire et nourrir sainement une population en constante augmentation ».

Les propositions recueillies seront prises en compte dans le cadre de l’élaboration du Pacte régional.

Alors que l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, qui doit être signé le 17 janvier, va  profiter avant tout à l’agronégoce brésilien, ne faisant qu’accentuer la déforestation et les pesticides, au détriment des petits agriculteurs, produire et consommer localement s’imposent.

« Dans un monde instable, nous ne pouvons pas accepter de dépendre des importations pendant que nos agriculteurs peinent à vivre de leur travail. C’est pourquoi l’Occitanie fait le choix d’une agriculture forte, productive et durable, qui nourrit sa population et fait vivre ses territoires. C’est tout le sens de notre futur pacte régional : redonner de la valeur au travail agricole et garantir à chaque citoyen une alimentation saine et de qualité. J’invite tous ceux qui veulent reprendre la main sur notre avenir alimentaire à s’engager dans cette construction collective. » a déclaré la présidente de la Région Occitanie Carole Delga.

On ne peut que se réjouir de cette ambition de reconquête de notre souveraineté alimentaire dans notre région et du fait que les citoyens aient droit de cité sur ce qu’il faudrait mettre en œuvre pour y parvenir. Puisque l’occasion nous ait donnée de nous exprimer sur ce que nous souhaitons mettre dans notre assiette et sur l’avenir de l’agriculture sur notre territoire alors pourquoi ne pas nous en saisir ?

Reste à savoir si notre avis sera réellement pris en compte et si les velléités de ce Pacte Régional résisteront à la logique de marché et au multilatéralisme économique ?

Pour accéder au communiqué de presse de la région, c’est ICI

Pour accéder au formulaire de contribution, c’est ICI

Belle année 2026 !

Quels mots choisir pour évoquer notre temps et ses perspectives ?

Toutes les époques ont leurs marques « d’étrangeté » qui interrogent leurs contemporains. La nôtre a la particularité d’entretenir la sidération car nous assistons au renversement des valeurs et à l’épuisement sémantique du langage. Face à un monde ultra-complexe, les raccourcis sont référence et la réaction prime sur la réflexion.

Faire une pause s’impose ! S’extraire du brouhaha incessant qui envahit notre quotidien, parasite notre pensée et, renouer avec notre capacité à rêver. Car pour créer un monde différent, il faut déjà l’imaginer. Et c’est ensemble, en construisant de nouvelles solidarités que nous seront plus forts pour inventer les nouveaux récits du futur. Refaire lien entre tous les vivants et continuer de croire au possible de faire émerger le récit d’un avenir désirable !

Au nom de tous les membres de l’association Gignac Ensemble, je vous souhaite de résister aux spirales négatives de notre époque, de ne jamais renoncer à vos désirs de luttes joyeuses et fécondes !

Je vous souhaite une formidable année 2026 !

Caroline Erhardt

Donnez votre avis sur la situation politique actuelle !

Alors que les cahiers citoyens remplis lors du « Grand Débat » n’ont toujours pas été publiés, alors que les mesures préconisées par la Convention citoyenne pour le climat ont été – pour la plupart – mises aux oubliettes, plusieurs groupes locaux de l’association nationale Attac vous donnent la possibilité de vous exprimer pour définir les mesures prioritaires qu’il faudrait, selon vous, mettre en œuvre pour sortir le pays (et en corollaire nos territoires) de la crise dans laquelle il s’enfonce.

Ce sondage est hébergé par la plateforme CONVERGER dont le but est « Mieux vivre ensemble » et le slogan « La Démocratie est comme le cerveau, elle ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. ».

Pour répondre au sondage et donner ainsi vos priorités, cliquez simplement dans l’image.

Dès que vous avez voté, vous pouvez consulter en direct les résultats provisoires issus de tous les votes déjà émis.

L’agrivoltaïsme divise nos campagnes

L’agrivoltaïsme (installation photovoltaïque sur sol agricole) fait couler de l’encre et délie les langues dans nos campagnes.

Il faut dire que depuis le coup d’envoi de la loi APER (loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables) et son décret de 2024, les industriels de l’énergie se sont lancés à l’assaut des terres agricoles. Armées d’outils marketing fallacieux cachant un opportunisme foncier et financier, ces multinationales profitent de la difficulté du monde paysan. Leur promesse de revenus complémentaires attractifs pour l’agriculteur occulte les contraintes et la complexité du cahier des charges imposé par le cadre règlementaire. Faisant fi des conditions de travail du paysan, de la pérennité de son exploitation, de la stabilité du foncier agricole, du respect de nos paysages et de la biodiversité, l’énergéticien a perdu tout sens commun face à cette manne financière.

Pour en savoir plus sur les multiples enjeux autour de la question de l’agrivoltaïsme, les impasses de la loi APER, comment s’organise l’opposition à la ruée des industriels et enfin le cas de nos voisins de Corrèze, nous vous invitons à retrouver le dossier L’agrivoltaïsme sulvolte nos campagnes ICI

Proche de Gignac, la contestation s’organise à Noailles menacé par un projet de parc solaire sur terres agricoles de 30 hectares. Les riverains refusent la perte de qualité de vie, la pollution visuelle, les impacts négatifs sur le vivant que représente ce projet et le coût de raccordement au poste source de Borrèze (coût de 21 000 000 € qui incombera indirectement au consommateur).

Pour signer la pétition du collectif – NON à l’agrivoltaïque Noailles – c’est ICI

En Corrèze toujours, à Donzenac, le samedi 5 avril à 17h30, une rencontre-débat avec l’écrivain Clément Osé qui diffusera une vidéo sur la lutte menée sur la montagne de Lure contre plusieurs projets photovoltaïques dans une zone naturelle protégée et nous parlera du livre rédigé avec Sylvie Bitterlin, leader de cette résistance.

Autoroute A69: un rebondissement tardif

Joie pour les opposants, sidération pour les défenseurs, le 27 février, le tribunal administratif de Toulouse a rendu son verdict : le chantier de l’autoroute A69, devant relier Toulouse à Castres, est illégal et doit être arrêté sans délai. C’est une première car aucune juridiction n’avait encore annulé à mi-chemin un projet d’infrastructure d’une telle envergure.

Après 14 recours en référé rejetés, les magistrats ont en définitive décidé de suivre les conclusions de la rapporteuse publique – Mona Rousseau – requérant une « annulation totale » de l’autorisation environnementale. Nonobstant, l’État va faire appel de cette décision.

Pour la petite histoire

Depuis plus de trente ans le projet d’autoroute Castres-Toulouse est un « serpent de mer » qui ressurgit régulièrement sur le terrain politique. En 1989, il était tout d’abord question d’élargir la RN 126.

Puis en 1990, changement de cap, l’État décide de construire une autoroute, ce sera l’A 69. Mais neuf ans plus tard, comme rien ne bouge, les élus, en majorité favorables au projet s’impatientent et manifestent pour faire accélérer le dossier.

Il faudra attendre 2006 pour que l’autoroute soit actée sous l’influence du groupe  Pierre Fabre. Son PDG affirmait à l’antenne : « C‘est la seule réponse pour garantir la pérennité de l’entreprise Pierre Fabre à Castres ». C’est d’ailleurs en visitant les laboratoires Fabre en 2013 que François Hollande donnera l’impulsion décisive.

En 2018, Le Premier ministre Edouard Philippe prend un décret qui déclare le projet d’utilité publique ; le recours des opposants est perdu en Conseil d’État.

L’enquête publique qui se déroule du 28 novembre 2022 au 11 janvier 2023, montre une forte contribution avec une grosse majorité d’avis opposés.

Le 1er et 2 mars 2023, les préfets de la Haute-Garonne et du Tarn attribuent des autorisations environnementales pour la réalisation de l’autoroute A69 comprenant des dérogations à l’interdiction de porter atteinte aux espèces protégées et à leurs habitats. Le chantier débute, les 53 km sont concédés à la société Atosca.

Une longue bataille juridique s’ouvre le 19 juin : une coalition de 14 organisations dépose un recours sur le fond au tribunal administratif de Toulouse, contestant la validité de l’étude d’impact et l’argument selon lequel l’autoroute répondrait à « une raison impérative d’intérêt public majeur ».

En 2024,  plusieurs référés suspensions se sont succédés sans aboutir.

Coup de théâtre, le 25 novembre, la rapporteuse publique — un magistrat dont l’avis est souvent suivi par le juge — a émis un avis défavorable sur la légalité des autorisations environnementales du projet.  Au lieu de la suivre, les juges rouvrent l’instruction, permettant aux travaux de se poursuivre pendant que la justice enquête.

Malgré les nombreux recours en justice des opposants et actions sur le tracé, le concessionnaire aurait réalisé 300 millions de travaux (soit 65% du budget total du chantier) sur un budget prévisionnel de 450 millions d’euros.

Le 27 février 2025, c’est le recours principal, déposé le 19 juin 2023 qui a tranché, mettant un terme aux travaux.

Qu’est-ce qui a motivé le tribunal ?

Tout d’abord celui-ci rappelle que la dérogation en matière d’atteinte à l’environnement accordée par les préfets au projet de l’A69 n’est possible qu’à trois conditions : si le maintien des espèces protégées n’est pas menacé, s’il n’existe pas de solution alternative et si le projet répond à une raison impérative d’intérêt public majeur. Or, ce n’est pas le cas car les bénéfices économiques, sociaux et de sécurité publique du projet sont de portée limitée.

Par conséquent, le tribunal administratif déclare illégale l’autorisation environnementale : « Au vu des bénéfices très limités qu’auront ces projets pour le territoire et ses habitants, il n’est pas possible de déroger aux règles de protection de l’environnement et des espèces protégées ». Et données de l’INSEE à l’appui, le tribunal rejette ainsi l’argument du désenclavement : « Le territoire ne présente ni un décrochage démographique, en comparaison des autres bassins situés aux alentours de Toulouse, ni un décrochage économique ».

De plus le prix annoncé du péage ferait de l’A69 l’une des autoroutes les plus chères de France. « Le coût élevé du péage du projet A69 est de nature à en minorer significativement l’intérêt pour les usagers et les entreprises » selon le tribunal.

Encore trois ans de procédure ?

Le ministère des Transports a d’ores et déjà indiqué que l’État allait faire appel. Si la cour administrative d’appel rejette la demande de l’État, un ultime recours pourra être déposé devant le Conseil d’État.

Mais l’appel ne suspend pas la décision du tribunal administratif donc le chantier doit s’arrêter durant toute la procédure, sauf si l’État dépose un sursis à l’exécution du jugement. Ce qu’il a bien l’intention de faire. Si ce sursis est accordé, alors le chantier peut reprendre pendant l’examen sur le fond du dossier par la cour administrative d’appel de Toulouse. Dans quel délai ? « On ne le sait pas, la cour peut l’examiner quand elle le souhaite, dans quelques mois comme dans plusieurs années, voire jamais », indique l’avocat Arnaud Gossement.

Mais lorsque tous les recours seront épuisés, si l’arrêt du chantier est maintenu, que deviendront les kilomètres de route déjà terrassés, les terres agricoles dévastées, le paysage défiguré et les écosystèmes détruits ? Rappelons l’impact de ce projet en quelques chiffres : 820 personnes expulsées de leur terres et de leur maison, 366 hectares de terres agricoles détruites, 13 hectares de zones boisées, 200 arbres d’alignement centenaires abattus…

En délivrant une autorisation environnementale illégale, il semble que c’est l’État qui soit tenu pour responsable. C’est donc lui qui devra élaborer un plan pour démanteler les ouvrages et restaurer les espaces.

Un jugement qui fera date

En général, les grands projets d’infrastructure, une fois passé le cap de la déclaration d’utilité publique, arrivent habituellement à leur terme. Pour l’A69, le fait que le juge décide d’arrêter les travaux déjà réalisés à 70%, représente une victoire du droit environnemental ; du jamais vu dans la jurisprudence.

Malgré tout, on peut déplorer que le droit environnemental se soit construit après la procédure de déclaration d’utilité publique, permettant ainsi de commencer le chantier en bafouant ce droit. En jouant la politique du fait accompli, l’État prenait le risque que l’autorisation soit annulée.

Le dossier de l’A69 et la décision judiciaire historique nous incitent à envisager le droit de l’environnement dans le sens de la démocratie environnementale*.

A découvrir aussi ICI, un projet alternatif à celui de l’A69, projet innovant porté par le paysagiste et urbaniste, Karim Lahiani, accompagné par les opposants réunis au sein du collectif « La voie est libre ». Ce projet pionnier est basé sur une mobilité douce et interconnectée.

*La démocratie environnementale regroupe l’ensemble des processus permettant aux citoyen·ne·s, regroupé·es en associations ou non, d’accéder aux informations sur l’environnement, de participer à l’élaboration des décisions publiques impactant l’environnement et d’accéder à la justice pour défendre l’environnement.

Pour approfondir, voici un podcast de la série « Secrets d’Info » de France Inter dont le titre est « A69 : l’ombre de Pierre Fabre derrière l’autoroute » : cliquez ICI 

Coup dur pour le secteur de la solidarité internationale…

Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2025, de nombreux secteurs font l’objet de coupures budgétaires. Parmi eux, les secteurs de la Culture, de l’Enseignement supérieur, de l’Écologie ou encore de l’Agriculture. Mais un autre secteur nous intéresse plus particulièrement ici puisqu’il est loin d’avoir été épargné pour « redresser les finances du pays » : celui de la solidarité internationale.

Plus du tiers du budget de l’APD – l’Aide Publique au Développement – a été sabré, soit au moins 2 milliards d’euros, une somme colossale dédiée au soutien à l’accès aux droits fondamentaux pour de nombreuses populations vulnérables dans le monde. Pourtant, c’est un secteur déjà en manque de moyens et loin d’être porté au-devant de la scène…

Décryptage sur cette coupe drastique réalisée par le ministère des Affaires étrangères dans une chronique de France Culture (5 min) à écouter ICI.

Par ailleurs, plus de 170 organisations ont signé une lettre ouverte à l’attention de Jean-Noël Barrot pour dénoncer cette coupe qui met grandement à mal le secteur dans lequel elles œuvrent. Voici le début de cette lettre :

Monsieur le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères,

Nous, associations de solidarité internationale, personnes salariées, bénévoles, volontaires, chercheurs et chercheuses, étudiantes et étudiants préoccupés par l’avenir, Françaises et Français attachés aux valeurs de solidarité, sommes choqués par votre projet de budget pour l’aide publique au développement en 2025. S’il était adopté, il acterait une dynamique de repli sur soi et un abandon irresponsable de la solidarité internationale.

Les coupes d’une ampleur inédite que vous proposez – 2,1 milliards d’euros, soit près de 40 % du budget de l’aide publique au développement – remettent en cause l’accès à des droits fondamentaux : la santé, l’éducation, l’eau, l’alimentation, la protection sociale et la nutrition. Vous sacrifiez également le soutien indispensable aux droits humains, à la société civile et à la lutte contre les inégalités, notamment celles qui touchent les femmes, les filles et les personnes marginalisées. Vous tournez le dos aux engagements français face aux crises climatiques et humanitaires qui exigent une réponse urgente et ambitieuse.

La lettre a été publiée dans le journal Libération, vous pouvez la retrouver ICI (dans son intégralité si vous êtes abonné).